Retour sur • L’exposition de Cécile Beau « La région Vaporeuse», à la maison des arts de Malakoff

Du 11 janvier au 11 mars dernier, la Maison des arts de Malakoff a donné carte blanche à l’artiste Cécile Beau qui avec « La Région vaporeuse », a créé une faille spatio-temporelle…

Voilà une exposition qui frôle le merveilleux.

La Maison des Arts a proposé à l’artiste Cécile Beau d’investir la totalité de l’espace d’exposition.

Cécile Beau est une belle artiste. Dés qu’elle se penche sur un fait de nature, elle nous donne à voir sa poésie. Elle dépasse le cadre de la simple explication scientifique pour nous montrer (plutôt nous proposer) ici sous la forme d’un laboratoire science-fictif l’univers à ressentir avec tous nos sens.

Le titre de son exposition « La région vaporeuse » fait référence au nom utilisé  à la Renaissance pour désigner ce que l’on appelle aujourd’hui l’atmosphère terrestre, ou plus précisément, l’air créé par la vie (les plantes) et dans laquelle d’autres vies (dont la nôtre) ont été, et sont encore rendues possibles.

Dans l’espace investi par Cécile Beau, les minéraux prennent vie, semblent se déplacer…

Le souffle de la vie traverse des matières que l’on pensait inertes.

On pense bien entendu au formidable essai d’Emanuele Coccia sur « La vie des plantes : une métaphysique du mélange » qui nous démontre que les plantes sont le medium à travers lesquels nous percevons le monde.

Ici la vision du cosmos présentée par Cécile est organique, végétale, elle est à écouter, à entendre pousser le minéral ou le bruit du big bang,  à voir  les cartes de l’immensément petit représenter l’immensément grand.

Cécile Beau, Meteors Ascen­dances, 2016

 

On aborde l’exposition par des thèmes astraux d’impacts de météorites sur terre. Entre astrologie et astronomie, ces cartographies nous embarquent déjà dans un ailleurs,  dans une autre dimension.

 

 

Cécile Beau, Erosion, 2015 ( modèle : Sigolène Valax)

Puis c’est le trou de ver avec un souffle d’air qui semble venir des entrailles de la terre.

L’espace d’exposition est parsemé de cubes de verre dans lesquels poussent de drôles de minéraux, atmosphères nébuleuses, expériences alchimiques…

 

Cécile Beau, Specimen, 2012-2017 aquariums, pierres, végétaux, chimie, dispositif sonore, © Cécile Beau crédit photo : Pierre-Antoine Heinzle

 

Une immense Siouva, créature proche de l’araignée dont la tête est au premier étage  et dont les pattes traversent le sol, pour s’arrimer au sol…La référence à Louise Bourgeois est prégnante mais pourtant là, il n’est pas question d’une prison matriarcale mais bien de laisser œuvrer le mystère de la vie, du végétal du minéral, d’être dans un espace-temps indéterminé et pourtant très familier.

 

Cécile Beau, Lasiouva, 2017

 

L’artiste joue à l’apprenti-sorcier, nous fait un clin d’œil avec sa chambre résiduelle elle nous fait entendre le bruit du big bang en laissant tomber une simple aspirine enchâssée dans une petite machinerie « mécanique ».

Cécile Beau, Chambre résiduelle, 2018

 

Le travail de l’artiste joue avec les échelles d’espace et de temps, prend un plaisir espiègle à nous perturber… pour nous rendre visible la nature dans ce qu’elle a de plus infime, de plus pudique aussi. On a envie de s’agenouiller pour écouter les pierres et de se pencher vers le monde pour l’écouter respirer.

Ces laboratoires de curiosité sont là pour que nous puissions déambuler et philosopher avec le cosmos.

 

• Suivre l’actualité de Cécile Beau sur cecilebeau.com • 

Note : Cécile Beau faisait partie de notre programmation « Dialogue(s) avec un brin d’herbe », commissariat croisé entre Aude Cartier et Natacha Seignolles, maison des arts de Malakoff.